En étudiant un modèle de souris reproduisant l'amyotrophie spinale, le laboratoire de Neurogénétique moléculaire (Équipe Inserm 223/université d'Évry-Val d'Essonne), dirigé par Judith Melki, avait montré que dans cette maladie la majorité des motoneurones était présente mais n'assurait peu ou pas sa fonction. "L'intérêt de ce modèle, souligne-t-elle, est qu'il nous permet désormais de sélectionner des molécules d'intérêt thérapeutique pour cette pathologie."
De son côté, les équipes d'Axel Kahn (Institut Cochin, INSERM, CNRS, Université René Descartes) avaient démontré3 que des facteurs neurotrophiques (facteurs assurant la survie et la croissance des neurones) pouvaient avoir des propriétés thérapeutiques en ralentissant la dégénérescence des motoneurones (neurones qui assurent la commande du muscle).
Les deux équipes ont donc joint leurs efforts en réalisant un essai de thérapie génique basé sur la production de cardiotrophine-1 (CT-1), un facteur neurotrophique, chez des souris souffrant d'amyotrophie spinale. Après injection par voie intramusculaire d'un vecteur adénoviral portant le gène de CT-1, les souris développent une maladie moins sévère et améliorent leurs performances motrices. On constate une atténuation du processus dégénératif, conduisant à un allongement de leur survie. .
Ces travaux démontrent pour la première fois que la progression de la maladie peut être ralentie et que les facteurs neurotrophiques semblent constituer des agents thérapeutiques très prometteurs.
Selon Judith Melki, "Le laboratoire d'Axel Kahn avait montré que la technique de transfert de gène dans le muscle permettait de délivrer, dans la circulation sanguine et en continu, la molécule codée par ce gène. Ces molécules, et notamment les facteurs neurotrophiques, vont pouvoir atteindre différentes cibles et notamment les motoneurones malades."
Ces travaux vont être affinés en déterminant la dose optimale de facteur CT-1, en l'associant à d'autres médicaments neuroprotecteurs pour tenter d'amplifier l'effet thérapeutique et en transférant ce gène sans passer par un vecteur viral. Et ce, afin de sécuriser la technique.
"Ces résultats encourageants constituent les premiers pas vers le développement de stratégies thérapeutiques de l'amyotrophie spinale chez l'homme. L'approche par thérapie génique est complémentaire des travaux récemment publiés par le laboratoire sur le potentiel de régénération du muscle par les cellules souches adultes dans cette pathologie.